Les forêts anciennes: les grandes infrastructures climatique vivantes de la Terre





Les forêts anciennes : les grandes infrastructures climatiques vivantes de la Terre

Forêts naturelles · climat · sols vivants · mycorhizes · biodiversité · droit

Résumé

Planter des arbres peut contribuer à restaurer des terres dégradées, stocker du carbone, reconnecter des habitats et préparer les forêts de demain. Mais une plantation récente ne constitue pas, à court terme, l’équivalent écologique d’une forêt naturelle ancienne, mature ou à forte continuité écologique.

Une forêt est un système écologique complexe dans lequel interagissent arbres, sols, champignons, micro-organismes, faune, eau, bois mort, structure du peuplement, régime de perturbations et histoire du milieu. Certaines de ces propriétés se construisent sur des décennies ou des siècles. La protection des forêts naturelles anciennes et la restauration des territoires dégradés sont donc deux politiques complémentaires, mais non interchangeables.

Concernant les mycorhizes, la prudence est essentielle : la symbiose entre racines et champignons est solidement établie, tandis que la fréquence, l’ampleur et les effets écologiques des transferts entre plantes au sein de réseaux mycorhiziens communs restent activement étudiés.

Note terminologique. En français forestier, une « forêt ancienne » désigne souvent une forêt dont l’état boisé présente une longue continuité historique, sans que cela préjuge nécessairement de l’âge des arbres ou de la maturité biologique du peuplement. La notion de « vieille forêt » renvoie davantage à des critères de maturité et de naturalité, tandis que la « forêt primaire » répond à une définition spécifique de la FAO. Dans cet article destiné à un lectorat international, l’expression « forêts anciennes » est employée dans un sens large ; chaque fois que nécessaire, les notions de continuité, de maturité, de naturalité et de forêt primaire sont distinguées.

Une vision longtemps réductrice de la forêt

Pendant une grande partie de l’histoire moderne, la forêt a été envisagée avant tout à travers les ressources qu’elle pouvait fournir : bois, combustible, matériaux, terres ou produits forestiers. Cette histoire a durablement influencé notre manière de mesurer et de représenter les forêts.

Dans une logique strictement quantitative, un arbre peut sembler remplaçable par un autre et une surface déboisée compensable par une surface replantée. Or les connaissances actuelles montrent que la surface arborée, la hauteur des arbres ou le couvert de canopée ne suffisent pas, à eux seuls, à décrire le fonctionnement écologique d’une forêt.

Dans le cadre du Global Forest Resources Assessment 2025, la FAO distingue notamment les forêts à régénération naturelle, les forêts primaires, les forêts plantées et, parmi ces dernières, les plantations forestières. Ces catégories rappellent qu’un même couvert arboré peut correspondre à des réalités écologiques très différentes.

L’émergence d’une compréhension systémique

Depuis la seconde moitié du XXe siècle, l’écologie, la biologie des sols, la microbiologie, l’hydrologie, la climatologie et l’écologie du paysage ont profondément transformé notre compréhension des forêts. Les arbres n’y fonctionnent pas isolément : ils interagissent avec les champignons, les bactéries, les animaux, les autres plantes, les sols et les flux d’eau qui structurent l’écosystème.

Le bois mort constitue un habitat et un réservoir de matière organique ; les champignons et les bactéries participent au recyclage des nutriments ; les animaux dispersent des graines et influencent la régénération ; les sols stockent de l’eau et du carbone ; la canopée modifie le rayonnement, la température, l’humidité et les mouvements d’air.

Une forêt est donc mieux décrite comme un système écologique intégré que comme une simple somme d’arbres. Employer le mot « organisme » pour parler d’une forêt peut constituer une métaphore pédagogique, mais ne doit pas être confondu avec une définition biologique littérale.

La dimension temporelle : la continuité compte

Les grands arbres sont la partie la plus visible d’une histoire écologique beaucoup plus longue. Dans les forêts à forte continuité et dans de nombreux peuplements matures, des structures complexes peuvent se développer : arbres de dimensions et d’âges variés, cavités, bois mort sous plusieurs formes, sols riches en matière organique, communautés fongiques diversifiées et microhabitats spécialisés.

La vitesse de formation de ces propriétés dépend fortement du climat, du sol, du régime de perturbations, des espèces et de l’histoire des usages. Certaines caractéristiques peuvent apparaître en quelques décennies ; d’autres nécessitent des durées beaucoup plus longues. Il est donc scientifiquement plus juste de parler de trajectoires écologiques que d’attribuer un nombre universel de siècles à la « fabrication » d’une forêt.

On peut planter des arbres rapidement. On ne peut pas recréer instantanément une longue continuité écologique.

Une architecture vivante

Les forêts matures présentent souvent une hétérogénéité verticale et horizontale importante : canopée, sous-étage, jeunes arbres, arbustes, végétation herbacée, litière, horizons du sol, clairières, arbres morts, cours d’eau, mares, souches et microreliefs. Cette diversité de structures crée de nombreuses niches écologiques.

À contexte comparable, et particulièrement sous les tropiques, les forêts naturelles — notamment les forêts primaires — conservent généralement davantage de biodiversité que les systèmes forestiers fortement simplifiés ou les plantations de production. Toutes les plantations ne sont toutefois pas identiques : leur valeur écologique dépend notamment des espèces utilisées, de la diversité, du mode de gestion, du contexte paysager et de leur trajectoire dans le temps.

Interactions, facilitation et compétition : éviter le récit trop simple de la « coopération »

Les arbres et les autres organismes forestiers entretiennent simultanément des relations de compétition, de facilitation, de prédation, de mutualisme, de parasitisme et de symbiose. La forêt n’est donc ni une société fondée uniquement sur la compétition, ni un réseau universel d’entraide.

Cette nuance est particulièrement importante pour les réseaux mycorhiziens communs. Des connexions fongiques entre plusieurs plantes existent, et des transferts de substances ont été documentés dans certains systèmes. Cependant, la fréquence de ces connexions, l’importance quantitative des transferts entre plantes et leurs conséquences sur la survie ou la croissance varient selon les espèces, les conditions et les dispositifs étudiés.

La formulation la plus rigoureuse consiste donc à parler d’un ensemble complexe d’interactions souterraines, dont certaines fonctions sont solidement établies et dont d’autres restent activement étudiées.

De l’arbre à l’écosystème

La conservation écologique ne peut se limiter à l’inventaire des individus. Elle doit aussi considérer les processus : régénération, décomposition, pollinisation, dispersion, dynamique des perturbations, réseaux trophiques, relations entre racines et champignons, circulation de l’eau et maintien des sols.

Préserver une forêt ancienne ou mature revient donc à préserver à la fois des organismes, des structures, des interactions, des processus et une histoire écologique.

Les forêts contribuent à façonner leur microclimat et le cycle de l’eau

Les forêts ne sont pas de simples réceptrices du climat. Par l’ombrage, l’évapotranspiration, la rugosité de la canopée, l’albédo et les échanges d’énergie avec l’atmosphère, elles modifient leur microclimat et peuvent influencer les conditions climatiques locales ou régionales.

Ces effets ne sont toutefois pas identiques partout. Les forêts tropicales tendent généralement à produire un refroidissement biophysique local important. Dans les régions tempérées, l’effet varie notamment selon la saison et l’humidité disponible. Aux hautes latitudes, la diminution de l’albédo liée à la présence d’une forêt sur un sol enneigé peut, dans certaines conditions, contribuer à un réchauffement de surface en hiver. Toute généralisation doit donc intégrer le biome, la saison, l’état hydrique et l’échelle étudiée.

L’évapotranspiration : un mécanisme majeur de redistribution de l’énergie

L’eau absorbée par les racines circule dans le xylème et une partie est libérée dans l’atmosphère par les stomates. Le passage de l’eau liquide à la vapeur mobilise de l’énergie sous forme de chaleur latente. À l’échelle des continents, la transpiration végétale constitue une composante majeure des flux d’eau terrestres vers l’atmosphère.

Le flux quotidien de transpiration d’un arbre varie considérablement selon l’espèce, la taille, le climat, la disponibilité en eau et l’état physiologique. Il est donc préférable d’éviter un chiffre universel du type « plusieurs centaines de litres par arbre et par jour » : certaines très grandes espèces peuvent atteindre des flux élevés, tandis que d’autres transpirent beaucoup moins.

Des microclimats forestiers qui amortissent les extrêmes

Les mesures réalisées sur plusieurs continents montrent que les températures sous canopée sont souvent tamponnées par rapport aux milieux ouverts : lorsque les conditions extérieures sont chaudes, le sous-bois tend à être plus frais ; lorsqu’elles sont froides, il peut être relativement plus doux. L’intensité de ce tampon thermique varie avec la structure de la forêt, l’humidité, le biome et les conditions météorologiques.

Il est donc plus rigoureux de parler de capacité de tampon microclimatique que d’attribuer partout une différence fixe de 3 à 5 °C.

Les sols : une infrastructure hydrologique et biologique

Le sol forestier n’est pas un simple support. Sa structure, sa matière organique, sa porosité, ses racines et ses communautés biologiques influencent l’infiltration, le stockage de l’eau, le recyclage des nutriments et le stockage du carbone.

Les forêts peuvent réduire le ruissellement dans de nombreuses situations et modifier la recharge des nappes, l’évapotranspiration et les débits. Mais l’effet hydrologique d’un boisement ou d’une restauration n’est pas univoque : davantage d’arbres peut augmenter l’évapotranspiration et diminuer localement le débit des cours d’eau, tout en renforçant ailleurs le recyclage atmosphérique de l’humidité et, dans certains contextes, les précipitations sous le vent.

Le recyclage continental de l’humidité

Dans de grandes régions forestières, notamment tropicales, une partie de l’eau évapotranspirée retourne à l’atmosphère puis contribue à des précipitations ultérieures, parfois à grande distance. Ce recyclage de l’humidité constitue un mécanisme important du cycle continental de l’eau.

La métaphore des « rivières volantes » peut être utile pour le grand public, mais elle ne doit pas laisser croire à l’existence de conduits atmosphériques fixes. Il s’agit de flux d’humidité transportés par la circulation atmosphérique, variables dans l’espace et dans le temps et dépendants des conditions météorologiques.

Forêts anciennes, climat et résilience

Les forêts anciennes et matures peuvent contenir de très importants stocks de carbone, et certaines continuent d’accumuler du carbone pendant de longues périodes. L’ampleur de leur rôle comme puits annuel varie toutefois selon les régions, les méthodes de mesure, l’âge des peuplements, les conditions climatiques et les perturbations.

Le point le plus robuste est que les forêts anciennes, matures et primaires peuvent renfermer des stocks de carbone considérables et qu’une perturbation sévère peut en libérer une partie, tout en altérant des fonctions écologiques qui ne se reconstituent pas rapidement.

Les réseaux invisibles : sols vivants et mycorhizes

Les racines des arbres coexistent avec une immense diversité de champignons, bactéries, protistes, nématodes et microarthropodes. Ces communautés interviennent dans la décomposition, la transformation de la matière organique, la disponibilité des nutriments, la structure du sol et les interactions avec les végétaux.

La complexité de ce monde souterrain est une composante majeure du fonctionnement forestier, mais elle ne justifie pas d’attribuer au sol ou à la forêt une conscience, une intention ou une forme de décision comparable à celles d’un organisme doté d’un système nerveux.

Les mycorhizes : une symbiose solidement établie

Les mycorhizes sont des associations symbiotiques entre les racines des plantes et certains champignons. Les hyphes fongiques étendent la zone explorée au-delà de la surface racinaire et peuvent contribuer à l’acquisition de phosphore, d’azote, d’eau et d’autres éléments. En échange, la plante fournit au champignon des composés carbonés issus de la photosynthèse.

Ces symbioses sont anciennes dans l’histoire évolutive des plantes terrestres et jouent un rôle majeur dans de nombreux écosystèmes. Leurs mécanismes et leurs effets diffèrent toutefois fortement selon les groupes de plantes, les champignons associés, les sols et les conditions environnementales.

Réseaux mycorhiziens communs : ce qui est établi, ce qui reste discuté

Ce qui est établi. Des mycéliums mycorhiziens peuvent connecter les racines de plusieurs plantes. Des transferts de carbone, de nutriments, d’eau ou de molécules de signalisation ont été observés expérimentalement dans certains systèmes. Les symbioses mycorhiziennes jouent par ailleurs un rôle majeur dans la nutrition végétale et les cycles biogéochimiques.

Ce qu’il ne faut pas généraliser. La présence d’un réseau commun ne signifie pas que les arbres « s’entraident » systématiquement. L’ampleur nette des transferts d’une plante vers une autre, leurs bénéficiaires, leur fréquence dans les forêts naturelles et leurs effets sur la croissance ou la survie restent variables et parfois difficiles à isoler expérimentalement.

Conclusion. Les travaux de Suzanne Simard et d’autres chercheurs ont joué un rôle important dans l’étude des réseaux mycorhiziens forestiers. Des analyses plus récentes, notamment celles de Justine Karst, Melanie Jones et Jason Hoeksema, invitent à distinguer avec soin les observations établies des interprétations qui ont parfois été amplifiées dans la vulgarisation.

La résilience par la diversité et l’hétérogénéité

La diversité des espèces, des âges, des structures et des fonctions peut accroître la capacité d’un écosystème forestier à maintenir certaines fonctions lorsqu’une composante est affectée. Mais la résilience ne dépend jamais d’une seule variable, et une forêt ancienne ou primaire n’est pas invulnérable.

Les plantations monospécifiques et équiennes — composées d’arbres d’âge comparable — peuvent présenter des vulnérabilités particulières face à certains parasites, maladies ou événements climatiques. À l’inverse, des plantations mélangées et bien conçues peuvent améliorer plusieurs fonctions par rapport aux monocultures. Il faut donc éviter d’opposer de manière absolue « plantation » et « forêt » : la structure, la composition, la gestion, le contexte paysager et la trajectoire écologique importent.

Pourquoi une plantation ne constitue pas un remplacement immédiat d’une forêt ancienne

Les plantations peuvent restaurer des sols dégradés, produire du bois, créer des habitats, reconnecter des paysages ou contribuer au stockage du carbone. Leur utilité est réelle. Mais elles partent d’un état écologique différent et ne reproduisent pas immédiatement la continuité, la structure, les microhabitats, les communautés biologiques et les stocks accumulés d’une forêt ancienne.

Sur des trajectoires de très long terme, certains peuplements plantés peuvent acquérir une structure et un fonctionnement de plus en plus complexes. Cela ne change pas le constat essentiel : une plantation récente ne constitue pas une compensation écologique immédiate ou équivalente à la destruction d’une forêt ancienne, mature ou primaire.

L’illusion de la compensation numérique

Le nombre d’arbres plantés ne peut, à lui seul, compenser la perte d’un écosystème forestier mature. Un arbre centenaire et un jeune plant diffèrent par leurs dimensions, leurs stocks de carbone, leurs cavités, leurs microhabitats, leurs relations avec le sol et les fonctions qu’ils assurent.

Une compensation écologique éventuelle doit donc être appréciée à l’aune des fonctions, de la temporalité, de la localisation, de la biodiversité, des sols, de l’eau, de la connectivité écologique et du risque d’échec ou de non-atteinte des objectifs — et non au seul nombre de tiges plantées.

La biodiversité ne se résume pas au couvert arboré

Les analyses globales montrent que les forêts primaires sont irremplaçables pour une part majeure de la biodiversité tropicale et que les plantations de production présentent, en moyenne, une richesse spécifique locale inférieure à celle des forêts naturelles de référence. L’ampleur de l’écart varie néanmoins selon les taxons, les biomes et les modes de gestion.

Conserver les forêts naturelles existantes reste donc une priorité distincte de la restauration des territoires dégradés.

Restaurer sans prétendre remplacer

Une politique forestière cohérente doit poursuivre simultanément plusieurs objectifs : protéger les forêts naturelles anciennes et primaires ; améliorer la gestion des forêts exploitées ; restaurer les territoires dégradés ; favoriser la régénération naturelle lorsqu’elle est possible ; et, lorsque des plantations sont nécessaires, privilégier des conceptions compatibles avec les objectifs écologiques du territoire.

Certaines forêts plantées peuvent, avec le temps et une gestion adaptée, évoluer vers des structures plus complexes. Cela ne transforme pas une restauration récente en équivalent immédiat d’un écosystème ancien.

Changer les indicateurs de réussite

Le succès d’une politique forestière ne devrait pas être mesuré uniquement en hectares « boisés » ou en nombre d’arbres plantés. Parmi les indicateurs complémentaires pertinents figurent :

  • l’origine du peuplement et son mode de régénération ;
  • la continuité écologique et l’histoire de l’usage des sols ;
  • la diversité des espèces et des classes d’âge ;
  • la structure verticale et horizontale ;
  • la quantité et la diversité du bois mort et des microhabitats ;
  • l’état des sols et des communautés fongiques ;
  • la capacité de régénération naturelle ;
  • le fonctionnement hydrologique ;
  • la résilience aux perturbations ;
  • la trajectoire écologique à long terme.

Vers une classification écologique mondiale plus fine des forêts

Les classifications internationales existantes sont indispensables à la statistique mondiale et à la comparaison entre pays. La FAO fournit notamment des catégories robustes de forêt à régénération naturelle, forêt primaire, forêt plantée et plantation forestière.

La Compagnie des Papillons Bleus travaille actuellement à une proposition complémentaire de classification écologique mondiale des forêts, qui fait l’objet d’échanges scientifiques et de lectures critiques avec des spécialistes internationaux de l’écologie et de la conservation forestières.

L’objectif n’est pas de remplacer les définitions statistiques existantes, mais d’examiner comment mieux décrire la réalité écologique et la trajectoire d’un peuplement : naturalité, continuité, structure, sols, biodiversité, régénération, fonctionnement hydrologique, régime de perturbations, intégrité écologique et trajectoire à long terme.

Deux surfaces présentant un couvert arboré comparable peuvent en effet fonctionner de manière profondément différente comme écosystèmes vivants. Cette proposition constitue à ce stade un travail scientifique et conceptuel en cours ; elle n’est ni une norme internationale ni une classification adoptée par une institution intergouvernementale.

De la science au droit : protéger les fonctions sans créer de confusion juridique

Les progrès scientifiques peuvent éclairer le droit et les politiques publiques. Reconnaître l’importance écologique d’un arbre ou d’une forêt ne signifie toutefois pas automatiquement lui attribuer une personnalité juridique.

Le droit dispose de nombreux instruments : règles de protection, obligations de conservation, règles d’urbanisme et d’aménagement, aires protégées, normes ou standards de gestion, évaluations environnementales et principes directeurs. La personnalité juridique constitue un modèle juridique parmi d’autres ; elle n’est ni nécessaire ni inhérente à la protection juridique des arbres et des forêts.

La Déclaration universelle des droits de l’Arbre : un cadre distinct de la personnalité juridique

La Déclaration universelle des droits de l’Arbre affirme trois principes fondamentaux : l’Arbre est un être vivant sensible, source de Vie et bien commun de l’humanité ; de son existence dépend la Vie sur la planète ; l’être humain doit agir avec l’Arbre dans un esprit de fraternité et de solidarité.

La Déclaration n’est ni une loi, ni un règlement, ni une décision judiciaire, ni un traité international en vigueur. Elle ne confère pas, par elle-même, de personnalité juridique aux arbres, ne leur attribue pas la citoyenneté et ne leur reconnaît pas de qualité autonome pour agir en justice.

Elle constitue un cadre éthique, scientifique, démocratique, juridique, culturel et éducatif destiné à éclairer la décision publique et l’évolution des pratiques. Son approche est autonome et ne doit pas être confondue avec les modèles de personnalité juridique utilisés ailleurs pour certains fleuves ou écosystèmes.

Des principes à leur mise en œuvre

La Déclaration est accompagnée de Quinze Engagements destinés aux collectivités locales et régionales, ainsi que de l’Assemblée de l’Arbre, conçue comme un espace consultatif et pluridisciplinaire.

Un projet de Convention internationale des droits de l’Arbre est également en développement. Il s’agit d’un projet et non d’un traité actuellement en vigueur. Son objectif est d’explorer les conditions d’une mise en œuvre internationale plus structurée des principes de la Déclaration.

Les collectivités territoriales : un niveau essentiel d’action

Les collectivités interviennent directement sur l’urbanisme, la voirie, les parcs, les arbres d’alignement, les autorisations d’aménagement, la gestion de l’eau et l’adaptation climatique. Elles peuvent donc intégrer progressivement les connaissances scientifiques relatives aux arbres dans leurs politiques publiques, dans les limites de leurs compétences et du droit qui leur est applicable.

L’adhésion à la Déclaration ne transfère aucune compétence juridique nouvelle à une collectivité et n’emporte pas, à elle seule, création d’un régime contentieux nouveau.

L’Assemblée de l’Arbre : une gouvernance consultative

L’Assemblée de l’Arbre vise à réunir élus, citoyens, scientifiques, juristes, associations, professionnels du paysage, forestiers, architectes et urbanistes autour des enjeux et décisions publiques qui concernent les arbres.

Elle n’a pas vocation à se substituer aux institutions démocratiques ou aux autorités compétentes. Son rôle est consultatif : enrichir la décision par la confrontation des savoirs, des expériences et des responsabilités.

Conclusion générale

Les sciences contemporaines montrent qu’une forêt est beaucoup plus qu’un assemblage de troncs et de couronnes. Elle associe organismes, sols, eau, énergie, matière organique, structure et histoire. Cette complexité explique pourquoi la destruction d’une forêt ancienne, mature ou primaire ne peut pas être considérée comme immédiatement compensée par une plantation récente.

Les plantations et la restauration demeurent indispensables. Mais leur réussite doit être évaluée comme une trajectoire écologique, et non comme une équivalence instantanée avec les forêts naturelles existantes.

La protection des forêts anciennes et primaires, l’amélioration de la gestion des forêts exploitées et la restauration des terres dégradées doivent être pensées ensemble. La science permet d’en préciser les différences ; le droit et la gouvernance peuvent ensuite traduire ces connaissances en responsabilités concrètes.

La question n’est donc plus seulement de savoir combien d’arbres nous plantons, mais quels écosystèmes nous protégeons, quels processus nous restaurons et quelle continuité écologique nous transmettons.

Épilogue

Les arbres et les forêts assurent ou soutiennent des fonctions dont dépendent les sociétés humaines : stockage et séquestration du carbone, régulation microclimatique, cycle de l’eau, maintien des sols, habitats et production primaire. Reconnaître cette dépendance ne suppose ni de romantiser la forêt ni de lui attribuer des intentions humaines.

Elle exige au contraire une ambition plus difficile : regarder le vivant avec suffisamment de précision pour distinguer les faits établis, les hypothèses, les métaphores et les choix de société.

Protéger les grandes forêts anciennes, matures et primaires ne consiste pas à conserver le passé. C’est préserver une partie des conditions écologiques de l’avenir.

Références scientifiques et terminologiques principales

  1. FAO (2023), Terms and Definitions – FRA 2025, Forest Resources Assessment Working Paper 194 ; et Global Forest Resources Assessment 2025. FAO – FRA 2025.
  2. INRAE – projet OCCIGEN, « Vieilles forêts et forêts anciennes – Glossaire », pour la distinction entre ancienneté de l’état boisé et maturité écologique. INRAE – OCCIGEN.
  3. De Frenne P. et al. (2019), “Global buffering of temperatures under forest canopies”, Nature Ecology & Evolution 3, 744–749. DOI.
  4. Li Y. et al. (2015), “Local cooling and warming effects of forests based on satellite observations”, Nature Communications 6, 6603. DOI.
  5. Jasechko S. et al. (2013), “Terrestrial water fluxes dominated by transpiration”, Nature 496, 347–350. DOI.
  6. Hoek van Dijke A.J. et al. (2022), “Shifts in regional water availability due to global tree restoration”, Nature Geoscience 15, 363–368. DOI.
  7. Ma S. et al. (2026), “Targeted tropical forest restoration can offset deforestation-induced water flux losses”, Nature Climate Change. DOI.
  8. Simard S.W. et al. (2012), “Mycorrhizal networks: Mechanisms, ecology and modelling”, Fungal Biology Reviews 26, 39–60. DOI.
  9. Karst J., Jones M.D. & Hoeksema J.D. (2023), “Positive citation bias and overinterpreted results lead to misinformation on common mycorrhizal networks in forests”, Nature Ecology & Evolution 7, 501–511. DOI.
  10. Luyssaert S. et al. (2008), “Old-growth forests as global carbon sinks”, Nature 455, 213–215. DOI.
  11. Gibson L. et al. (2011), “Primary forests are irreplaceable for sustaining tropical biodiversity”, Nature 478, 378–381. DOI.
  12. Chaudhary A. et al. (2016), “Impact of Forest Management on Species Richness: Global Meta-Analysis and Economic Trade-Offs”, Scientific Reports 6, 23954. DOI.

Version scientifiquement et éditorialement révisée : 13 août 2026

Old-growth forests: the great living climate infrastructures of the Earth

Natural forests · climate · living soils · mycorrhizae · biodiversity · law

Summary

Planting trees can help restore degraded land, store carbon, reconnect habitats and prepare the forests of tomorrow. But a recent plantation is not, in the short term, the ecological equivalent of a natural old-growth, mature or high-continuity forest.

A forest is a complex ecological system in which trees, soils, fungi, microorganisms, fauna, water, deadwood, stand structure, disturbance regimes and site history interact. Some of these properties develop over decades or centuries. Protecting existing natural old-growth forests and restoring degraded land are therefore complementary, but not interchangeable, policies.

With regard to mycorrhizae, caution is essential: root–fungus symbiosis is firmly established, whereas the frequency, magnitude and ecological effects of transfers between plants through common mycorrhizal networks remain actively studied.

Terminological note. Forest terminology varies among countries and scientific traditions. In this article, “old-growth” is used broadly for forests displaying long ecological continuity, structural maturity or old-growth characteristics. It is not automatically synonymous with the FAO category of “primary forest”. Where necessary, continuity, maturity, naturalness and primary-forest status are distinguished explicitly.

A long-standing reductive view of forests

For much of modern history, forests were understood mainly through the resources they could provide: timber, fuel, materials, land and other forest products. This history has had a lasting influence on the way forests are measured and represented.

In a strictly quantitative approach, one tree may appear replaceable by another and one cleared area compensable by a replanted area. Current knowledge, however, shows that tree-covered area, tree height or canopy cover alone do not describe how a forest functions ecologically.

Under the Global Forest Resources Assessment 2025, FAO distinguishes, among other categories, naturally regenerating forests, primary forests, planted forests and, within planted forests, forest plantations. These categories underline that similar tree cover can correspond to very different ecological realities.

The emergence of a systems-based understanding

Since the second half of the twentieth century, ecology, soil biology, microbiology, hydrology, climatology and landscape ecology have transformed our understanding of forests. Trees do not function in isolation: they interact with fungi, bacteria, animals, plants, soils and water flows that structure the ecosystem.

Deadwood becomes habitat and organic matter; fungi and bacteria recycle nutrients; animals disperse seeds and alter regeneration; soils store water and carbon; the canopy changes radiation, temperature, humidity and air movement.

A forest is therefore better described as an integrated ecological system than as a simple sum of trees. Describing a forest as an “organism” can be a useful metaphor, but it should not be confused with a literal biological definition.

Time and ecological continuity

Large trees are only the most visible part of a much longer ecological history. In forests with strong continuity and in many mature stands, complex structures can develop: trees of varied dimensions and ages, cavities, different forms of deadwood, organic-rich soils, diverse fungal communities and specialised microhabitats.

The rate at which these properties develop depends strongly on climate, soil, disturbance regimes, species and land-use history. Some characteristics can arise within decades; others require much longer. It is therefore scientifically more accurate to speak of ecological trajectories than to assign a universal number of centuries to the “creation” of a forest.

Trees can be planted quickly. Long ecological continuity cannot be recreated instantly.

Living architecture

Mature forests often show high vertical and horizontal heterogeneity: canopy, understory, young trees, shrubs, herbs, litter, soil horizons, gaps, dead trees, streams, pools, stumps and microtopography. This structural diversity creates numerous ecological niches.

Under comparable conditions, and particularly in the tropics, natural forests — especially primary forests — generally retain more biodiversity than highly simplified forest systems or production plantations. Plantations are not all alike, however: their ecological value depends on the species used, diversity, management, landscape context and long-term trajectory.

Interaction, facilitation and competition: avoiding an oversimplified story of “cooperation”

Trees and other forest organisms simultaneously engage in competition, facilitation, predation, mutualism, parasitism and symbiosis. A forest is therefore neither a society based only on competition nor a universal mutual-aid network.

This nuance is particularly important for common mycorrhizal networks. Fungal connections among several plants exist, and transfers of substances have been documented in some systems. However, the frequency of these connections, the quantitative importance of transfers between plants and their consequences for survival or growth vary among species and conditions.

The most rigorous formulation is therefore to describe a complex network of below-ground interactions, some functions of which are well established while others remain active areas of research.

From the tree to the ecosystem

Ecological conservation cannot be limited to inventories of individual organisms. It must also consider processes: regeneration, decomposition, pollination, dispersal, disturbance dynamics, trophic networks, root–fungus relationships, water flows and soil maintenance.

Protecting an old-growth or mature forest therefore means protecting organisms, structures, interactions, processes and ecological history at the same time.

Forests help shape their microclimate and the water cycle

Forests are not merely passive recipients of climate. Through shading, evapotranspiration, canopy roughness, albedo and exchanges of energy with the atmosphere, they modify their microclimate and can influence local or regional climatic conditions.

These effects are not the same everywhere. Tropical forests generally produce strong biophysical cooling. In temperate regions, effects vary seasonally. At high latitudes, the lower albedo of forest over snow can produce surface warming in winter. Any global statement must therefore account for biome, season, soil moisture and spatial scale.

Evapotranspiration: a major mechanism of energy redistribution

Water taken up by roots moves through the xylem, and part of it is released to the atmosphere through stomata. Converting liquid water into vapour consumes energy as latent heat. At continental scale, plant transpiration is a major component of terrestrial water fluxes to the atmosphere.

Daily water use by an individual tree varies greatly with species, size, climate, water availability and physiological condition. It is therefore better to avoid a universal statement such as “several hundred litres per tree per day”. Some very large trees can reach high fluxes, whereas others use far less.

Forest microclimates buffer temperature extremes

Measurements across several continents show that forest canopies buffer thermal extremes: when outside air is hot, the understory is generally cooler; when conditions are cold, it can be relatively warmer. The strength of this thermal buffering depends on forest structure, moisture, biome and weather.

It is therefore more rigorous to speak of microclimatic buffering capacity than to assign a fixed 3–5 °C difference to forests everywhere.

Soils: hydrological and biological infrastructure

Forest soil is not merely a support. Its structure, organic matter, pores, roots and biological communities influence infiltration, water storage, nutrient cycling and carbon storage.

Forests can reduce runoff in many settings and alter groundwater recharge, evapotranspiration and streamflow. Yet the hydrological effect of tree restoration is not always one-directional: more trees can increase evaporation and locally reduce streamflow, while enhanced atmospheric moisture recycling may increase downwind precipitation elsewhere.

Continental moisture recycling

In large forest regions, particularly in the tropics, part of the evapotranspired water returns to the atmosphere and contributes to later precipitation, sometimes far away. This moisture recycling is an important component of the continental water cycle.

The popular expression “flying rivers” can be useful, but it should not imply fixed atmospheric channels. These are moisture fluxes transported by atmospheric circulation and dependent on meteorological conditions.

Old-growth forests, climate and resilience

Old-growth and mature forests can contain very large carbon stocks, and some continue to accumulate carbon over long periods. The magnitude of their annual carbon sink varies among regions and studies and is sensitive to methods, disturbance history and the boundaries used in accounting.

The most robust conclusion is that old-growth, mature and primary forests can contain considerable carbon stocks, and that severe disturbance can release part of those stocks while degrading ecological functions that cannot be rebuilt quickly.

Invisible networks: living soils and mycorrhizae

Tree roots coexist with an immense diversity of fungi, bacteria, protists, nematodes and microarthropods. These communities contribute to decomposition, organic-matter transformation, nutrient availability, soil structure and plant interactions.

The complexity of this below-ground world is central to forest functioning, but it does not justify attributing consciousness or intention to soils or forests.

Mycorrhizae: a well-established symbiosis

Mycorrhizae are symbiotic associations between plant roots and particular fungi. Fungal hyphae extend the volume of soil explored beyond the root surface and can contribute to the acquisition of phosphorus, nitrogen, water and other elements. In return, the plant supplies photosynthetically derived carbon compounds to the fungus.

These symbioses are ancient in the evolutionary history of land plants and play major roles in many ecosystems. Their mechanisms and effects differ greatly among plant and fungal groups.

Common mycorrhizal networks: what is established and what remains debated

Established: mycorrhizal mycelia can connect the roots of multiple plants; transfers of carbon, nutrients, water or signalling compounds have been observed experimentally in some systems; mycorrhizal symbioses are major components of plant nutrition and biogeochemical cycling.

Not to be generalised: the existence of a common network does not mean that trees systematically “help” one another; the net magnitude of transfers from one plant to another, who benefits, how frequently this occurs in natural forests and the effects on growth or survival are variable and often difficult to demonstrate.

Conclusion: the work of Suzanne Simard and other researchers opened a major field of study. More recent analyses, including those by Karst, Jones and Hoeksema, call for a careful distinction between established observations and interpretations that have sometimes been amplified in popular accounts.

Resilience through diversity and heterogeneity

Diversity of species, ages, structures and functions can increase an ecosystem’s capacity to maintain some functions when one component is affected. Resilience, however, never depends on a single variable, and old-growth forests are not invulnerable.

Even-aged monoculture plantations may be particularly vulnerable to some pests, diseases or climatic events. Conversely, well-designed mixed plantations can improve several functions relative to monocultures. “Plantation” and “forest” should therefore not be treated as absolute opposites: structure, composition, management and trajectory matter.

Why a plantation does not immediately replace an old-growth forest

Plantations can restore degraded soils, produce timber, create habitats, reconnect landscapes or contribute to carbon storage. Their value is real. But a recently planted stand does not constitute an immediate ecological substitute for an old-growth, mature or primary forest whose structures, soils and biological interactions result from a much longer trajectory.

Over very long trajectories, some planted stands can acquire increasingly complex structure and functioning. That does not alter the central point: destruction today cannot be regarded as ecologically compensated by the existence of a young plantation today.

The illusion of numerical compensation

The number of trees planted cannot, by itself, compensate for the loss of a mature forest ecosystem. A century-old tree and a sapling differ profoundly in size, stored carbon, cavities, soil relationships and ecological functions.

Compensation must therefore be assessed in terms of ecological functions, time, location, biodiversity, soils, water and failure risk—not only the number of stems.

Biodiversity is not reducible to tree cover

Global analyses show that primary forests are irreplaceable for much tropical biodiversity, and that production plantations have, on average, lower local species richness than reference natural forests. The magnitude of the difference nevertheless varies by taxonomic group, biome and management regime.

Conserving existing natural forests therefore remains a priority distinct from restoration.

Restore without claiming equivalence

A coherent forest policy should pursue several objectives simultaneously: protect existing old-growth and primary forests; improve the management of exploited forests; restore degraded land; favour natural regeneration where possible; and, where planting is necessary, design plantations that are compatible with the ecological objectives of the territory.

Some planted forests can, over time and with appropriate management, develop more complex structures. This does not make a recent restoration the immediate equivalent of an old ecosystem.

Changing the indicators of success

The success of forest policy should not be measured only in hectares of “forest” or numbers of trees planted. Complementary indicators include:

  • origin and regeneration mode;
  • ecological continuity and stand history;
  • species and age-class diversity;
  • vertical and horizontal structure;
  • quantity and diversity of deadwood;
  • soil condition and fungal communities;
  • natural regeneration;
  • hydrological functioning;
  • resilience to disturbance;
  • long-term ecological trajectory.

Towards a finer global ecological classification of forests

Existing international classifications are indispensable for global statistics and comparisons among countries. FAO provides, among other categories, naturally regenerating forest, primary forest, planted forest and forest plantation.

La Compagnie des Papillons Bleus is currently working on a complementary proposal for a global ecological classification of forests, which is being discussed and critically reviewed through scientific exchanges with international specialists in forest ecology and conservation.

The aim is not to replace existing statistical definitions, but to examine how the ecological reality and trajectory of a stand can be described more precisely: naturalness, continuity, structure, soils, biodiversity, regeneration, hydrological functioning, disturbance regime, ecological integrity and long-term trajectory.

Two areas with comparable tree cover may function in profoundly different ways as living ecosystems. At this stage, the proposal is an ongoing scientific and conceptual work; it is neither an international standard nor a classification adopted by an intergovernmental institution.

From science to law: protecting functions without creating legal confusion

Scientific advances can inform law and public policy. Recognising the ecological importance of a tree or forest does not, however, automatically mean granting it legal personhood.

Law provides many instruments: protective rules, conservation duties, planning and land-use rules, protected areas, management standards, environmental assessment and guiding principles. Legal personhood is one legal model among others; it is neither necessary nor inherent to the legal protection of trees and forests.

The Universal Declaration of Tree Rights: a framework distinct from legal personhood

The Universal Declaration of Tree Rights states three fundamental principles: the Tree is a sentient living being, a source of Life and a common good of humanity; Life on the planet depends on its existence; and human beings must act with the Tree in a spirit of fraternity and solidarity.

The Declaration is not a statute, regulation, judicial decision or international treaty in force. It does not, by itself, confer legal personhood on trees, grant them citizenship or recognise independent legal standing for them in court.

It is an ethical, scientific, democratic, legal, cultural and educational framework intended to inform public decision-making and the evolution of practices. Its approach is autonomous and should not be confused with legal-personhood models used elsewhere for certain rivers or ecosystems.

From principles to implementation

The Declaration is accompanied by Fifteen Commitments for Local and Regional Authorities and by the Assembly of the Tree, conceived as a consultative and multidisciplinary forum.

A proposed International Convention on Tree Rights is also under development. It is a project, not a treaty currently in force. Its purpose is to explore the conditions for a more structured international implementation of the Declaration’s principles.

Local authorities: an essential level of action

Local and regional authorities act directly on planning, roads, parks, street trees, development authorisations, water management and climate adaptation. They can therefore progressively integrate scientific knowledge about trees into public policy, within the limits of their powers and the law applicable to them.

Adherence to the Declaration transfers no new legal powers to an authority and does not, by itself, create a new litigation regime.

The Assembly of the Tree: consultative ecological governance

The Assembly of the Tree is intended to bring together elected representatives, citizens, scientists, lawyers, associations, landscape professionals, foresters, architects and urban planners around public issues and decisions concerning trees.

It is not intended to replace democratic institutions or competent authorities. Its role is consultative: to enrich decision-making by bringing together knowledge, experience and responsibility.

General conclusion

Contemporary science shows that a forest is far more than an assemblage of trunks and crowns. It combines organisms, soils, water, energy, organic matter, structure and history. This complexity explains why the destruction of an old-growth, mature or primary forest cannot be regarded as immediately compensated by a recent plantation.

Planting and restoration remain indispensable. But their success must be assessed as an ecological trajectory, not as an instantaneous equivalence with existing natural forests.

Protecting old-growth and primary forests, improving the management of exploited forests and restoring degraded land must be considered together. Science can clarify their differences; law and governance can then translate that knowledge into concrete responsibilities.

The question is therefore no longer only how many trees we plant, but which ecosystems we protect, which processes we restore and what ecological continuity we pass on.

Epilogue

Trees and forests provide or support functions on which human societies depend: carbon storage and sequestration, microclimatic regulation, the water cycle, soil maintenance, habitats and primary production. Recognising this dependence requires neither romanticising forests nor attributing human intentions to them.

It requires a more demanding ambition: to examine living systems with enough precision to distinguish established facts, hypotheses, metaphors and societal choices.

Protecting large old-growth, mature and primary forests does not mean preserving the past. It means preserving part of the ecological conditions of the future.

Main scientific and terminological references

  1. FAO, Global Forest Resources Assessment 2025 and FRA 2025 definitions: FAO – FRA 2025.
  2. INRAE – OCCIGEN project, “Vieilles forêts et forêts anciennes – Glossaire”, on the distinction between historical continuity of forest cover and ecological maturity. INRAE – OCCIGEN.
  3. De Frenne P. et al. (2019), “Global buffering of temperatures under forest canopies”, Nature Ecology & Evolution 3, 744–749. DOI.
  4. Li Y. et al. (2015), “Local cooling and warming effects of forests based on satellite observations”, Nature Communications 6, 6603. DOI.
  5. Jasechko S. et al. (2013), “Terrestrial water fluxes dominated by transpiration”, Nature 496, 347–350. DOI.
  6. Hoek van Dijke A.J. et al. (2022), “Shifts in regional water availability due to global tree restoration”, Nature Geoscience 15, 363–368. DOI.
  7. Ma S. et al. (2026), “Targeted tropical forest restoration can offset deforestation-induced water flux losses”, Nature Climate Change. DOI.
  8. Simard S.W. et al. (2012), “Mycorrhizal networks: Mechanisms, ecology and modelling”, Fungal Biology Reviews 26, 39–60. DOI.
  9. Karst J., Jones M.D. & Hoeksema J.D. (2023), “Positive citation bias and overinterpreted results lead to misinformation on common mycorrhizal networks in forests”, Nature Ecology & Evolution 7, 501–511. DOI.
  10. Luyssaert S. et al. (2008), “Old-growth forests as global carbon sinks”, Nature 455, 213–215, to be read alongside later methodological discussion. DOI.
  11. Gibson L. et al. (2011), “Primary forests are irreplaceable for sustaining tropical biodiversity”, Nature 478, 378–381. DOI.
  12. Chaudhary A. et al. (2016), “Impact of Forest Management on Species Richness: Global Meta-Analysis and Economic Trade-Offs”, Scientific Reports 6, 23954. DOI.

Scientifically and editorially revised version: 13 August 2026

Los bosques antiguos: las grandes infraestructuras climáticas vivas de la Tierra

Bosques naturales · clima · suelos vivos · micorrizas · biodiversidad · derecho

Resumen

Plantar árboles puede contribuir a restaurar tierras degradadas, almacenar carbono, reconectar hábitats y preparar los bosques del futuro. Pero una plantación reciente no constituye, a corto plazo, el equivalente ecológico de un bosque natural antiguo, maduro o con una fuerte continuidad ecológica.

Un bosque es un sistema ecológico complejo en el que interactúan árboles, suelos, hongos, microorganismos, fauna, agua, madera muerta, estructura del rodal, régimen de perturbaciones e historia del lugar. Algunas de estas propiedades se construyen durante décadas o siglos. Proteger los bosques naturales antiguos y restaurar los territorios degradados son, por tanto, políticas complementarias, pero no intercambiables.

En materia de micorrizas, la prudencia es esencial: la simbiosis entre raíces y hongos está sólidamente establecida, mientras que la frecuencia, la magnitud y los efectos ecológicos de las transferencias entre plantas a través de redes micorrícicas comunes siguen siendo objeto de investigación activa.

Nota terminológica. La terminología forestal varía entre países y tradiciones científicas. En este artículo, «bosque antiguo» se emplea en un sentido amplio para designar bosques con gran continuidad ecológica, madurez estructural o características de old-growth. No equivale automáticamente a la categoría de «bosque primario» de la FAO. Cuando es necesario, se distinguen expresamente continuidad, madurez, naturalidad y condición de bosque primario.

Una visión históricamente reductora del bosque

Durante gran parte de la historia moderna, el bosque se entendió principalmente por los recursos que podía proporcionar: madera, combustible, materiales, tierras y otros productos forestales. Esta historia ha influido de manera duradera en la forma de medir y representar los bosques.

En una lógica estrictamente cuantitativa, un árbol puede parecer sustituible por otro y una superficie talada compensable mediante una superficie replantada. Sin embargo, los conocimientos actuales muestran que la superficie arbolada, la altura de los árboles o la cobertura del dosel no bastan por sí solas para describir el funcionamiento ecológico de un bosque.

En el marco del Global Forest Resources Assessment 2025, la FAO distingue, entre otras categorías, los bosques de regeneración natural, los bosques primarios, los bosques plantados y, dentro de estos últimos, las plantaciones forestales. Estas categorías recuerdan que una cobertura arbórea semejante puede corresponder a realidades ecológicas muy diferentes.

La aparición de una comprensión sistémica

Desde la segunda mitad del siglo XX, la ecología, la biología del suelo, la microbiología, la hidrología, la climatología y la ecología del paisaje han transformado nuestra comprensión de los bosques. Los árboles no funcionan de forma aislada: interactúan con hongos, bacterias, animales, plantas, suelos y flujos de agua que estructuran el ecosistema.

La madera muerta se convierte en hábitat y materia orgánica; hongos y bacterias reciclan nutrientes; los animales dispersan semillas y modifican la regeneración; los suelos almacenan agua y carbono; el dosel modifica la radiación, la temperatura, la humedad y el movimiento del aire.

Por ello, un bosque se describe mejor como un sistema ecológico integrado que como una simple suma de árboles. Hablar del bosque como de un «organismo» puede ser una metáfora pedagógica, pero no debe confundirse con una definición biológica literal.

Tiempo y continuidad ecológica

Los grandes árboles son únicamente la parte más visible de una historia ecológica mucho más larga. En bosques con gran continuidad y en muchos rodales maduros pueden desarrollarse estructuras complejas: árboles de edades y tamaños diversos, cavidades, diferentes formas de madera muerta, suelos ricos en materia orgánica, comunidades fúngicas diversas y microhábitats especializados.

La velocidad a la que se desarrollan estas propiedades depende fuertemente del clima, del suelo, del régimen de perturbaciones, de las especies y de la historia de los usos. Algunas características pueden aparecer en décadas; otras requieren mucho más tiempo. Por ello es científicamente más riguroso hablar de trayectorias ecológicas que atribuir un número universal de siglos a la «creación» de un bosque.

Los árboles pueden plantarse rápidamente. Una larga continuidad ecológica no puede recrearse de forma instantánea.

Una arquitectura viva

Los bosques maduros suelen presentar una importante heterogeneidad vertical y horizontal: dosel, sotobosque, árboles jóvenes, arbustos, vegetación herbácea, hojarasca, horizontes del suelo, claros, árboles muertos, cursos de agua, charcas, tocones y microrelieves. Esta diversidad estructural crea numerosos nichos ecológicos.

En condiciones comparables, y especialmente en los trópicos, los bosques naturales —en particular los bosques primarios— suelen conservar más biodiversidad que los sistemas forestales muy simplificados o las plantaciones de producción. No todas las plantaciones son iguales, sin embargo: su valor ecológico depende de las especies utilizadas, la diversidad, la gestión, el contexto paisajístico y la trayectoria a largo plazo.

Interacción, facilitación y competencia: evitar un relato demasiado simple de «cooperación»

Los árboles y los demás organismos forestales mantienen simultáneamente relaciones de competencia, facilitación, depredación, mutualismo, parasitismo y simbiosis. Por tanto, el bosque no es ni una sociedad basada exclusivamente en la competencia ni una red universal de ayuda mutua.

Esta precisión es especialmente importante para las redes micorrícicas comunes. Existen conexiones fúngicas entre varias plantas y se han documentado transferencias de sustancias en determinados sistemas. Sin embargo, la frecuencia de esas conexiones, la importancia cuantitativa de los intercambios entre plantas y sus consecuencias sobre la supervivencia o el crecimiento varían según las especies y las condiciones.

La formulación más rigurosa consiste en hablar de una red compleja de interacciones subterráneas, algunas de cuyas funciones están bien establecidas mientras que otras siguen siendo objeto de investigación.

Del árbol al ecosistema

La conservación ecológica no puede limitarse al inventario de individuos. También debe considerar los procesos: regeneración, descomposición, polinización, dispersión, dinámica de las perturbaciones, redes tróficas, relaciones raíces–hongos, flujos de agua y mantenimiento de los suelos.

Proteger un bosque antiguo o maduro significa, por tanto, proteger simultáneamente organismos, estructuras, interacciones, procesos e historia ecológica.

Los bosques contribuyen a modelar su microclima y el ciclo del agua

Los bosques no son simples receptores pasivos del clima. Mediante la sombra, la evapotranspiración, la rugosidad del dosel, el albedo y los intercambios de energía con la atmósfera, modifican su microclima y pueden influir en condiciones climáticas locales o regionales.

Estos efectos no son idénticos en todas partes. Los bosques tropicales suelen generar un importante enfriamiento biofísico. En las regiones templadas, el efecto varía según la estación. En latitudes altas, el menor albedo del bosque sobre la nieve puede generar calentamiento superficial en invierno. Cualquier generalización mundial debe considerar el bioma, la estación, la humedad del suelo y la escala espacial.

Evapotranspiración: un mecanismo fundamental de redistribución de energía

El agua absorbida por las raíces circula por el xilema y una parte se libera a la atmósfera a través de los estomas. La transformación del agua líquida en vapor consume energía en forma de calor latente. A escala continental, la transpiración vegetal constituye una parte importante de los flujos terrestres de agua hacia la atmósfera.

El consumo diario de agua de un árbol varía enormemente según la especie, el tamaño, el clima, la disponibilidad hídrica y el estado fisiológico. Por ello es preferible evitar una cifra universal del tipo «varios cientos de litros por árbol y día». Algunos árboles muy grandes pueden alcanzar flujos elevados, mientras que otros utilizan mucho menos.

Microclimas forestales que amortiguan los extremos térmicos

Las mediciones realizadas en varios continentes muestran que los doseles forestales amortiguan los extremos térmicos: cuando el aire exterior es cálido, el sotobosque suele ser más fresco; cuando las condiciones son frías, puede ser relativamente más templado. La intensidad de este efecto depende de la estructura forestal, la humedad, el bioma y el tiempo meteorológico.

Es, por tanto, más riguroso hablar de capacidad de amortiguación microclimática que atribuir en todas partes una diferencia fija de 3 a 5 °C.

Los suelos: una infraestructura hidrológica y biológica

El suelo forestal no es un simple soporte. Su estructura, materia orgánica, poros, raíces y comunidades biológicas influyen en la infiltración, el almacenamiento de agua, el reciclaje de nutrientes y el almacenamiento de carbono.

Los bosques pueden reducir la escorrentía en numerosos contextos y modificar la recarga, la evapotranspiración y los caudales. Sin embargo, el efecto hidrológico de la restauración arbórea no es siempre unidireccional: un mayor número de árboles puede aumentar la evaporación y reducir localmente los caudales, mientras que un mayor reciclaje atmosférico de humedad puede incrementar las precipitaciones a sotavento en otros lugares.

El reciclaje continental de la humedad

En grandes regiones forestales, especialmente tropicales, parte del agua evapotranspirada vuelve a la atmósfera y contribuye a precipitaciones posteriores, a veces a gran distancia. Este reciclaje de humedad es un componente importante del ciclo continental del agua.

La expresión «ríos voladores» puede ser útil para la divulgación, pero no debe sugerir la existencia de canales atmosféricos fijos. Se trata de flujos de humedad transportados por la circulación atmosférica y dependientes de las condiciones meteorológicas.

Bosques antiguos, clima y resiliencia

Los bosques antiguos y maduros pueden contener reservas de carbono muy importantes, y algunos siguen acumulando carbono durante largos periodos. La magnitud de su sumidero anual varía entre regiones y estudios y es sensible a los métodos, a la historia de perturbaciones y a los límites utilizados en la contabilidad.

La conclusión más robusta es que los bosques antiguos, maduros y primarios pueden albergar reservas de carbono considerables y que una perturbación severa puede liberar una parte de ellas, además de degradar funciones ecológicas que no pueden reconstruirse rápidamente.

Redes invisibles: suelos vivos y micorrizas

Las raíces de los árboles coexisten con una enorme diversidad de hongos, bacterias, protistas, nematodos y microartrópodos. Estas comunidades participan en la descomposición, la transformación de la materia orgánica, la disponibilidad de nutrientes, la estructura del suelo y las interacciones con las plantas.

La complejidad de este mundo subterráneo es esencial para el funcionamiento forestal, pero no justifica atribuir conciencia o intención al suelo o al bosque.

Las micorrizas: una simbiosis sólidamente establecida

Las micorrizas son asociaciones simbióticas entre las raíces de las plantas y determinados hongos. Las hifas fúngicas amplían el volumen de suelo explorado más allá de la superficie de las raíces y pueden contribuir a la adquisición de fósforo, nitrógeno, agua y otros elementos. A cambio, la planta proporciona al hongo compuestos de carbono procedentes de la fotosíntesis.

Estas simbiosis son antiguas en la historia evolutiva de las plantas terrestres y desempeñan funciones esenciales en numerosos ecosistemas. Sus mecanismos y efectos varían mucho entre grupos de plantas y hongos.

Redes micorrícicas comunes: lo establecido y lo que sigue en debate

Establecido: los micelios micorrícicos pueden conectar las raíces de varias plantas; se han observado experimentalmente transferencias de carbono, nutrientes, agua o moléculas de señalización en determinados sistemas; las simbiosis micorrícicas desempeñan funciones fundamentales en la nutrición vegetal y los ciclos biogeoquímicos.

No debe generalizarse: la existencia de una red común no significa que los árboles se «ayuden» sistemáticamente; la magnitud neta de las transferencias de una planta a otra, quién se beneficia, con qué frecuencia se producen en bosques naturales y cuáles son sus efectos sobre crecimiento o supervivencia son variables y a menudo difíciles de demostrar.

Conclusión: los trabajos de Suzanne Simard y otros investigadores abrieron un importante campo de estudio. Análisis más recientes, entre ellos los de Karst, Jones y Hoeksema, invitan a distinguir cuidadosamente entre las observaciones establecidas y las interpretaciones que en ocasiones se han amplificado en la divulgación.

Resiliencia mediante diversidad y heterogeneidad

La diversidad de especies, edades, estructuras y funciones puede aumentar la capacidad de un ecosistema forestal para mantener determinadas funciones cuando una de sus componentes resulta afectada. Sin embargo, la resiliencia no depende de una sola variable y los bosques antiguos no son invulnerables.

Las plantaciones monoespecíficas y coetáneas pueden presentar vulnerabilidades particulares frente a determinadas plagas, enfermedades o eventos climáticos. Por el contrario, plantaciones mixtas bien diseñadas pueden mejorar distintas funciones respecto a los monocultivos. No conviene, por tanto, tratar «plantación» y «bosque» como opuestos absolutos: importan la estructura, la composición, la gestión y la trayectoria.

Por qué una plantación no sustituye inmediatamente a un bosque antiguo

Las plantaciones pueden restaurar suelos degradados, producir madera, crear hábitats, reconectar paisajes o contribuir al almacenamiento de carbono. Su utilidad es real. Pero un rodal recién plantado no constituye un sustituto ecológico inmediato de un bosque antiguo, maduro o primario cuyas estructuras, suelos e interacciones biológicas son el resultado de una trayectoria mucho más larga.

A lo largo de trayectorias muy extensas, algunos rodales plantados pueden adquirir una estructura y un funcionamiento cada vez más complejos. Esto no modifica el punto central: una destrucción actual no puede considerarse ecológicamente compensada por la existencia actual de una plantación joven.

La ilusión de la compensación numérica

El número de árboles plantados no puede, por sí solo, compensar la pérdida de un ecosistema forestal maduro. Un árbol centenario y un plantón difieren profundamente en tamaño, carbono almacenado, cavidades, relaciones con el suelo y funciones ecológicas.

La compensación debe evaluarse, por tanto, en términos de funciones ecológicas, tiempo, localización, biodiversidad, suelos, agua y riesgo de fracaso, y no únicamente en número de ejemplares.

La biodiversidad no se reduce a la cobertura arbórea

Los análisis mundiales muestran que los bosques primarios son irremplazables para gran parte de la biodiversidad tropical y que las plantaciones de producción presentan, en promedio, una riqueza local de especies inferior a la de los bosques naturales de referencia. La magnitud de la diferencia varía, no obstante, según los grupos taxonómicos, los biomas y los regímenes de gestión.

La conservación de los bosques naturales existentes sigue siendo, por tanto, una prioridad distinta de la restauración.

Restaurar sin pretender equivalencia

Una política forestal coherente debe perseguir simultáneamente varios objetivos: proteger los bosques antiguos y primarios existentes; mejorar la gestión de los bosques explotados; restaurar los territorios degradados; favorecer la regeneración natural cuando sea posible; y, cuando sea necesario plantar, diseñar plantaciones compatibles con los objetivos ecológicos del territorio.

Algunos bosques plantados pueden, con el tiempo y una gestión adecuada, evolucionar hacia estructuras más complejas. Ello no convierte una restauración reciente en el equivalente inmediato de un ecosistema antiguo.

Cambiar los indicadores de éxito

El éxito de una política forestal no debería medirse únicamente en hectáreas «forestadas» o número de árboles plantados. Entre los indicadores complementarios pertinentes figuran:

  • el origen y el modo de regeneración;
  • la continuidad ecológica y la historia del rodal;
  • la diversidad de especies y clases de edad;
  • la estructura vertical y horizontal;
  • la cantidad y diversidad de madera muerta;
  • el estado de los suelos y las comunidades fúngicas;
  • la regeneración natural;
  • el funcionamiento hidrológico;
  • la resiliencia ante las perturbaciones;
  • la trayectoria ecológica a largo plazo.

Hacia una clasificación ecológica mundial más precisa de los bosques

Las clasificaciones internacionales existentes son indispensables para las estadísticas mundiales y la comparación entre países. La FAO proporciona, entre otras categorías, bosque de regeneración natural, bosque primario, bosque plantado y plantación forestal.

La Compagnie des Papillons Bleus trabaja actualmente en una propuesta complementaria de clasificación ecológica mundial de los bosques, que es objeto de intercambios científicos y de revisión crítica con especialistas internacionales en ecología y conservación forestales.

El objetivo no es sustituir las definiciones estadísticas existentes, sino estudiar cómo describir con mayor precisión la realidad ecológica y la trayectoria de un rodal: naturalidad, continuidad, estructura, suelos, biodiversidad, regeneración, funcionamiento hidrológico, régimen de perturbaciones, integridad ecológica y trayectoria a largo plazo.

Dos superficies con una cobertura arbórea comparable pueden funcionar de maneras profundamente diferentes como ecosistemas vivos. En esta fase, la propuesta constituye un trabajo científico y conceptual en curso; no es una norma internacional ni una clasificación adoptada por una institución intergubernamental.

De la ciencia al derecho: proteger funciones sin crear confusión jurídica

Los avances científicos pueden orientar el derecho y las políticas públicas. Sin embargo, reconocer la importancia ecológica de un árbol o de un bosque no significa automáticamente atribuirle personalidad jurídica.

El derecho dispone de numerosos instrumentos: normas de protección, obligaciones de conservación, reglas urbanísticas y de ordenación, áreas protegidas, normas o estándares de gestión, evaluaciones ambientales y principios rectores. La personalidad jurídica constituye un modelo jurídico entre otros; no es necesaria ni inherente a la protección jurídica de los árboles y los bosques.

La Declaración Universal de los Derechos del Árbol: un marco distinto de la personalidad jurídica

La Declaración Universal de los Derechos del Árbol afirma tres principios fundamentales: el Árbol es un ser vivo sensible, fuente de Vida y bien común de la humanidad; de su existencia depende la Vida en el planeta; y el ser humano debe actuar con el Árbol en un espíritu de fraternidad y solidaridad.

La Declaración no es una ley, un reglamento, una decisión judicial ni un tratado internacional en vigor. Por sí misma no confiere personalidad jurídica a los árboles, no les atribuye ciudadanía ni les reconoce legitimación autónoma para actuar ante los tribunales.

Constituye un marco ético, científico, democrático, jurídico, cultural y educativo destinado a orientar la decisión pública y la evolución de las prácticas. Su enfoque es autónomo y no debe confundirse con los modelos de personalidad jurídica utilizados en otros lugares para determinados ríos o ecosistemas.

De los principios a su aplicación

La Declaración está acompañada por Quince Compromisos destinados a las autoridades locales y regionales, así como por la Asamblea del Árbol, concebida como un espacio consultivo y multidisciplinario.

También está en desarrollo un proyecto de Convención Internacional sobre los Derechos del Árbol. Se trata de un proyecto y no de un tratado actualmente en vigor. Su objetivo es explorar las condiciones de una aplicación internacional más estructurada de los principios de la Declaración.

Las autoridades locales: un nivel esencial de acción

Las autoridades locales y regionales intervienen directamente en urbanismo, vías públicas, parques, arbolado urbano, autorizaciones de desarrollo, gestión del agua y adaptación climática. Por ello pueden integrar progresivamente los conocimientos científicos sobre los árboles en sus políticas públicas, dentro de los límites de sus competencias y del derecho que les sea aplicable.

La adhesión a la Declaración no transfiere nuevas competencias jurídicas a una autoridad y no crea, por sí sola, un nuevo régimen contencioso.

La Asamblea del Árbol: una gobernanza consultiva

La Asamblea del Árbol pretende reunir a cargos electos, ciudadanos, científicos, juristas, asociaciones, profesionales del paisaje, forestales, arquitectos y urbanistas en torno a los asuntos y decisiones públicas que afectan a los árboles.

No tiene por objeto sustituir a las instituciones democráticas ni a las autoridades competentes. Su función es consultiva: enriquecer la decisión mediante la confrontación de conocimientos, experiencias y responsabilidades.

Conclusión general

Las ciencias contemporáneas muestran que un bosque es mucho más que un conjunto de troncos y copas. Integra organismos, suelos, agua, energía, materia orgánica, estructura e historia. Esta complejidad explica por qué la destrucción de un bosque antiguo, maduro o primario no puede considerarse inmediatamente compensada por una plantación reciente.

La plantación y la restauración siguen siendo indispensables. Pero su éxito debe evaluarse como una trayectoria ecológica y no como una equivalencia instantánea con los bosques naturales existentes.

La protección de los bosques antiguos y primarios, la mejora de la gestión de los bosques explotados y la restauración de los territorios degradados deben plantearse conjuntamente. La ciencia permite precisar sus diferencias; el derecho y la gobernanza pueden después traducir ese conocimiento en responsabilidades concretas.

La cuestión ya no es solamente cuántos árboles plantamos, sino qué ecosistemas protegemos, qué procesos restauramos y qué continuidad ecológica transmitimos.

Epílogo

Los árboles y los bosques proporcionan o sostienen funciones de las que dependen las sociedades humanas: almacenamiento y secuestro de carbono, regulación microclimática, ciclo del agua, conservación de los suelos, hábitats y producción primaria. Reconocer esta dependencia no exige romantizar el bosque ni atribuirle intenciones humanas.

Exige una ambición más difícil: observar los sistemas vivos con suficiente precisión para distinguir hechos establecidos, hipótesis, metáforas y decisiones de sociedad.

Proteger los grandes bosques antiguos, maduros y primarios no significa conservar el pasado. Significa preservar una parte de las condiciones ecológicas del futuro.

Principales referencias científicas y terminológicas

  1. FAO, Global Forest Resources Assessment 2025 y definiciones FRA 2025: FAO – FRA 2025.
  2. INRAE – proyecto OCCIGEN, «Vieilles forêts et forêts anciennes – Glossaire», sobre la distinción entre continuidad histórica de la cobertura forestal y madurez ecológica. INRAE – OCCIGEN.
  3. De Frenne P. et al. (2019), “Global buffering of temperatures under forest canopies”, Nature Ecology & Evolution 3, 744–749. DOI.
  4. Li Y. et al. (2015), “Local cooling and warming effects of forests based on satellite observations”, Nature Communications 6, 6603. DOI.
  5. Jasechko S. et al. (2013), “Terrestrial water fluxes dominated by transpiration”, Nature 496, 347–350. DOI.
  6. Hoek van Dijke A.J. et al. (2022), “Shifts in regional water availability due to global tree restoration”, Nature Geoscience 15, 363–368. DOI.
  7. Ma S. et al. (2026), “Targeted tropical forest restoration can offset deforestation-induced water flux losses”, Nature Climate Change. DOI.
  8. Simard S.W. et al. (2012), “Mycorrhizal networks: Mechanisms, ecology and modelling”, Fungal Biology Reviews 26, 39–60. DOI.
  9. Karst J., Jones M.D. & Hoeksema J.D. (2023), “Positive citation bias and overinterpreted results lead to misinformation on common mycorrhizal networks in forests”, Nature Ecology & Evolution 7, 501–511. DOI.
  10. Luyssaert S. et al. (2008), “Old-growth forests as global carbon sinks”, Nature 455, 213–215, que debe leerse junto con los debates metodológicos posteriores. DOI.
  11. Gibson L. et al. (2011), “Primary forests are irreplaceable for sustaining tropical biodiversity”, Nature 478, 378–381. DOI.
  12. Chaudhary A. et al. (2016), “Impact of Forest Management on Species Richness: Global Meta-Analysis and Economic Trade-Offs”, Scientific Reports 6, 23954. DOI.

Versión revisada científica y editorialmente: 13 de agosto de 2026